Dans le débat public français, une musique revient inlassablement : pour réduire la pauvreté, il suffirait de « prendre aux riches ». Cette rhétorique, séduisante en apparence, repose sur une méconnaissance profonde des mécanismes de création de valeur. Elle omet une variable fondamentale de l’équation économique : le facteur Risque.
En tant qu’ingénieur et citoyen pragmatique, je refuse les postures morales pour regarder la réalité des chiffres. L’histoire économique nous enseigne une leçon cruelle mais nécessaire : on ne crée pas de prospérité collective en punissant ceux qui investissent pour subventionner ceux qui dépensent.
1. La Rémunération du Risque : Le Cas Bernard Arnault
Il est de bon ton aujourd’hui de critiquer les « supers-profits » ou les grandes fortunes. Prenons l’exemple de Bernard Arnault, souvent cité. Avant d’être l’homme le plus riche du monde, il a été un entrepreneur qui a joué sa survie.
En 1984, il décide de racheter le groupe textile Boussac (qui détient alors Dior), une entreprise au bord du gouffre que l’État cherche désespérément à sauver. Pour ce faire, il ne se contente pas de gérer : il met en jeu le patrimoine familial. Il apporte 15 millions de francs de sa poche et, surtout, il engage la caution de l’entreprise familiale Férinel.
La réalité est binaire : si Boussac coule, la famille Arnault perd tout. Ce que nous voyons aujourd’hui (la fortune) est la rémunération de ce risque existentiel pris il y a 40 ans.
C’est un mécanisme psychologique et économique simple, comparable à celui du Loto ou de l’Euromillions. Si demain, l’État décrétait que le jackpot maximum est plafonné à 100 €, plus personne n’achèterait de ticket. Pourquoi risquer de perdre sa mise pour un gain si faible ?
Il en va de même pour l’économie. Si l’on plafonne la réussite au nom de l’égalité, plus personne ne prendra le risque de tout perdre pour sauver des industries ou créer des empires. Sans la perspective d’une « récompense » à la hauteur du danger, l’innovation s’arrête. Sans « Fourmis » audacieuses, il n’y a plus de réserves pour l’hiver.
2. Le Mythe du « Grand Soir » Redistributif
L’argument massue de mes opposants est la redistribution totale. « Si on partageait tout, tout le monde serait riche ». C’est faux.
Le sociologue et économiste Vilfredo Pareto a démontré dès la fin du XIXe siècle, avec la loi qui porte son nom (loi de Pareto ou principe des 80/20), que la distribution des richesses suit des constantes mathématiques liées aux comportements humains et à la compétence dans l’allocation des ressources.
Faisons une expérience de pensée, corroborée par de nombreuses simulations en théorie des jeux :
Imaginons que demain matin, nous confisquions l’intégralité du patrimoine français pour le redistribuer à parts égales exactes entre les 68 millions de Français.
Que se passerait-il 10 ans plus tard ?
Les inégalités se seraient reconstituées, presque à l’identique. Pourquoi ?
- La Cigale : Une partie de la population, par préférence pour le présent (time preference), consommerait immédiatement ce capital pour améliorer son confort de vie.
- La Fourmi : Une autre partie, par tempérament ou discipline, investirait ce capital, prendrait des risques, créerait des entreprises ou placerait cet argent pour qu’il travaille.
Au bout d’une décennie, l’argent des « Cigales » aurait atterri dans la poche des « Fourmis » (via l’achat de biens et services).
3. L’Impasse de la Punition Récurrente
Face à ce constat comportemental, la gauche propose implicitement une solution absurde : organiser ce « Grand Soir » fiscal tous les 10 ou 15 ans. Punir régulièrement ceux qui ont épargné et investi (les Fourmis) pour renflouer ceux qui ont tout consommé.
C’est une machine à détruire une civilisation.
Si la Fourmi sait qu’elle sera expropriée dès qu’elle aura rempli son grenier :
- Elle arrête de travailler et d’épargner.
- Elle part construire son grenier ailleurs (fuite des capitaux et des cerveaux).
- La société entière s’appauvrit, car plus personne n’investit dans l’avenir.
Comme le disait Margaret Thatcher : « Le problème avec le socialisme, c’est que vous finissez un jour par avoir dépensé tout l’argent des autres. »
4. La Réponse du Projet Phénix : Démocratiser le Capital, pas le Détruire
Je ne me satisfais pas pour autant des inégalités actuelles. Il est insupportable que le destin d’un enfant soit scellé par la richesse de ses parents. Mais la solution n’est pas d’empêcher les riches de s’enrichir, c’est de permettre aux pauvres de constituer du capital.
C’est tout le sens du Pilier III de mon programme et de la création du Fonds Souverain « Héritage France » (FSRA).
Plutôt que de mener une guerre fiscale stérile, nous allons changer les règles du jeu au départ :
- Créer des Fourmis par défaut : En dotant chaque jeune Français d’un Capital de Départ Citoyen (financé par la capitalisation nationale), nous transformons chaque citoyen en investisseur.
- L’Éducation Financière : Ce capital ne sera pas un chèque en blanc pour la consommation (Cigale), mais un levier fléché vers l’investissement : achat immobilier, création d’entreprise, formation (Fourmi).
- La Solidarité par la Croissance : En taxant les successions extrêmes (au-delà d’un million d’euros) pour abonder ce fonds, nous ne détruisons pas le capital, nous le faisons circuler pour qu’il irrigue toute la jeunesse méritante.
Conclusion
Mon projet refuse la démagogie de la table rase. On ne corrige pas l’injustice en interdisant la réussite. On la corrige en donnant à chacun, dès le départ, les munitions pour prendre des risques et construire son propre destin.
La France n’a pas besoin de moins de Bernard Arnault. Elle a besoin que chaque gamin de banlieue ou de zone rurale ait le capital de départ pour pouvoir essayer de devenir le prochain Bernard Arnault.
Thierry Maignan
Candidat de la Refondation Nationale